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Saint-Saveur-in-Chora: SON NOM
La signification du nom de Chora sous lequel est designé ce monument d’une beauté prestigieuse est difficile à préciser. Selon l’hypothèse qui prévaut, le nom de Chora serait à rattacher à la signification grecque du terme: <<en dehors de la citadelle>>, <<en rase campagne>>. Le couvent étant situé à l’époque de sa fondation à l’extérieur des murs de la ville de Byzance, le terme pourrait être interprété comme une allusion à cette particularité topographique.
Il existe, parrallèlement, d’autres interprétations. Le terme de chora signifierait en grec également <<ventre>>, <<bas-ventre>>. Le Christ étant considéré en tant que fruit des entrailles de Marie, on a pu avancer l’hypothèse que l’église devait son nom à une allusion aux entrailles de la Vierge.
Les écrits de l’empereur Jean VI Cantacuzène (1341-1355), éminent historien, parassent confirmer cette hypothèse. Parlant du couvent il emploie l’expression <<Chora, où s’incarne le Christ, le Sauveur, l’Incommensurable.>>
A l’appui de cette hypothèse, il convient citer également la mosaïque la plus importante de l’église représentant la Vierge et portant l’inscription: <<Lieu d’incarnation du Dieu incommensurable>>.
Le couvent aurait donc à l’origine été dédié à la Vierge si l’on accepte l’interprétation au sens figuré du terme <<chora>> pour <<ventre>>, <<bas-ventre>>.
Le musée est actuellement connu sous le nom turc <<Kariye Camii>> (Mosquée de Kahriye) qui date de l’époque où le monument servit de mosquée.
Les origines
On n’a pu déterminer avec précision l’époque de la première construction. Un premier édifice de proportions et d’aspect modestes a vraisemblablement été érigé à l’époque de Constantin, loin de l’enceinte de la ville. Les byzantins n’auraient pas toleré, en effet, la construction d’édifices sur les terre-pleins à proximité immédiate la possibilité de s’y refugier ou d’y tendre des embuscades.
On sait, d’autre part, que Théodore, oncle de l’epouse de Justinien, en quête d’un couvent lui permmettant de se fixer à Byzance, trouva sur cet emplacement une modeste église ainsi qu’un presbytère et une fontaine d’eau potable, et qu’il y fit, par la suite, ériger un couvent. Ce premier édifice s’effondra lors d’un violent séisme en l’an 557, puis fut relevé par Justinien.
Certains historiens d’art particulièrement scrupuleux mettent cette version en doute en s’appuyant sur le fait que Procope, auteur d’un ouvrage recensant les œuvres de Justinien, ne mentionne nulle part la construction de cette église, et d’autre part, qu’une impératrice telle que Théodora dont les débuts furent ceux d’une danseuse de rue ne pouvait compter un oncle succeptible de la sacrer commandant des armées.
Il est fort possible, toutefois, que le couvent de Chora n’ait pas acquis suffisamment d’importance à l’époque de Justinien pour retenir l’attention des contemporains.
Chora ne fera son entrée dans l’histoire qu’au 8ème siècle. Des personnages importants y furent enterrés au cours du 8ème et du 9ème siècle. Michel Synkellus fut l’hôte du couvent lors de ses entretiens avec Léon V (813-820) au suhet de l’inconoclasme.
Après le 9ème siècle Chora disparaît de la scène de l’histoire durant deux siècles.
NOTES HİSTORİQUES
Il est attesté que le monument a subi de multiples travaux de restauration au cours des siècles suivant le règne de Justinien. Le couvent tombé complètement en ruine au cours de 11ème siècle fut reconstruit dans sa presque-totalité sur l’ordre de Marie Doukena, la belle-mère d’Alexis Commène (1081-1118). Des fouilles récentes ont permis de constater que le fils d’Alexis I, Isaac Commène (Sebastocrator) avait à son tour entrepris la construction d’un bâtiment entièrement nouveau vers l’an 1120.
Le couvent fut sérieusement endommagé lors de l’occupation de la ville de Constantinople. Le 13.4.1204 par le doge vénitien Enrico Dandolo et son armée de croisés qui avait arrêté son avance sur Jerusalem sous prétexte de mettre fin aux luttes intestines que se livraient alors dans les villes génoises et vénitiennes.
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Le couvent tomba aux mains de Michel Paléologue VIII (1261-1282) lors de la reconquête de la ville de celui-ci. Mais c’est avant tout sous le règne d’Andronic Paléologue II que le sanctuaire connut une époque de splendeur et de prosperité, grâce à Théodore Métochite, homme d’état et historien. Ce savant politicien s’était attaché à la restauration du couvent et l’avait fait orner de magnifiques mosaïques. L’existence de Métochite ne s’acheva cependant point dans le calme et la sérénité. La carrière de politicien qu’il avait embrassé lui valut hélas un tragique revers de fortune sur la fin de ses jours.
Métochite nacquit à Nicée. Il poursuivit des études de littérature et de sciences politiques à Constantinople. Homme de lettres, de belle prestance, il fut aussi excellent rhétoricien et grand amateur d’art.
Retenu à la cour par les affaires de l’état, il se plongeait le soir, à peine rentré dans son palais, dans la lecture d’œuvres scientifiques ou littéraires. Il avait également acquis de solides connaissances dans le domaine des mathématiques et de l’astronomie. Homme d’état avisé, il débuta brillamment dans la carrière et sut ainsi gagner la confiance et l’amitié du basileus vieillissant, Andronic II, dont il fut le conseiller et grandlogothète durant près de vingt ans.
Nombre d’historiens voient en lui un grand humaniste, un homme de lettres d’importance capitale, le plus grand écrivain du 14ème siècle.
L’immense fortune que cet homme intègre avait ammassée au cours d’une longue et brillante carrière lui permit de se faire construire un palais à porximité du couvent de Chora qu’il chérissait tant.
Le mariage de sa fille avec le neveu de l’empereur accrut encore la faveur dont il jouissait auprès de cului-ci et le rapprocha même singulièrement de la succession au trône.
Tant de prospérité et tant de puissance ne pouvaient manquer de susciter des commentaires. La rumeur publique s’empara de Métochite et de sa fortune. N’ayant pas de reproche à se faire, il n’y attacha aucune importance.
Une grave crise d’état mit fin à la brillante carrière de Métochite. Les querelles qui opposaient entre 1321 et 1328 Andronic II vieillisant à son petit-fils, le futur Andronic III, dégénérèrent en guerre civiles. Ce fut en vain que Métochite s’afforca de réconcilier les deux partis.
Il ne donne pas suite aux appels du petit-fils ambitieux d’Andronic II et ne se rangea point dans le camp de celui-ci. Lors d’une révolte qui avait éclaté en ville, il remit une partie de ses biens à des amis, quitta son palais, et se réfugia dans le palais d’Andronic II.
Lorsque l’armée d’Andronic II, renforcé par des troupes ottomanes, fut vaincue à Silivri en 1327et que son petit-fils fit son entrée en vainqueur à Constantinople, Métochite fut destitué de ses fonctions. Son palais fut pillé, puis incendié, les biens qu’il avait confiés à des amis, confisqués. Lui-même fut torturé, pıis exilé à Dimotice.
Il y vécut, gravement atteint dans sa santé, puis l’autorisation lui fut accordée de revenir à Constantinople. Il n’y trouva nul foyer pour l’accueillir, ses fils s’étant enretemps expatriés. Il n’eut d’autre choix de se retirer dans son couvent bien-aimé.
Il y mena l’existence d’un moine. Ces lieux qu’il avait autrefois fréquentés, richment vêtu et paré, entouré d’une suite nombreuse, le virent désormais mener l’existence d’un vieillard malade et solitaire, à la sagesse amère, humble serviteur de dieu.
Il mourut en 1329, un mois après son vieil ami, l’empereır Andronic II. Il fut enterré devant le portail intérieur de couvent ainsi qu’il en avait exprimé le désir dans son testament, et son tombeau fut recouvert d’une plaque en marbre.
D’autres hommes d’état tombés en disgrâce avaient trouvé refuge dans le couvent. D’aucuns y sont enterrés, ainsi le patriarche Germain (715-730) à l’époque de Léon III, l’Isaurien (717-741), le patriarche Kiros à l’époque de l’empereur Constantin Copronyme (741-755) et l’historien Nicéphore Gregoras (1295-1360), qui y fut longtemps prisonnier, à l’epoque de Jean VI Cantacuzène.
Selon toute vraisemblence le couvent servait d’église au palais de Constantin Porphyrogénète (913-959), aujourd’hui Tekfur Saray, situé peu à l’écart.
A l’époque de Manuel Commène les empereurs byzantins abandonnèrent le Palais Sacré (aujourd’hui Palais de Marmara) pour élire résidence au Palais des blanchernes, à proximité du couvent de Chora. L’importance du couvent s’en trouva accrue.
C’est là que furent célèbrés les offices lors des procesions du 28 juillet ui partaient du Palais. La célèbre Vierge de St. Luc (Hodeghetria) y était conservée. A l’occasion des processions pascales l’image sainte quittait le couvent. Elle était portée dans le palais de l’empereur, puis ramenée au couvent à la fin des cérémonies. Le monarque assistant régulièrement à toutes les cérémonies, une foule immense se pressait ces jours-là aux entours du couvent.
Lorsque la ville fut assiégée par les turcs, le patriarche de la capitale y avait déposé l’icône de la Vierge Hodeghetria dans l’espoir que la présence de l’image sainte dans le sanctuaire le plus proche des murailles de la ville contribuerait à la sauvegarde de Constantinople. Lorsque la ville fut prise, l’icône disparut.
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